Balade en altitude

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S’abandonner à vivre – Sylvain TESSON


Voici un petit bouquin sur l’air du temps, temps qui passe, temps de la vie, celle qu’on décide et celle qui nous arrive.

Conquérir les sommets et voyager vaut-il finalement mieux que le bonheur pur se nichant dans l’intimité d’une alcôve ou que la promesse d’un avenir radieux entre deux êtres que pourtant tout oppose ?

Je ne lis pas souvent de recueils de nouvelles, pourtant ce n’est pas fait pour me déplaire. J’aime l’effet percutant d’une nouvelle bien rédigée, comme un coup de fouet qui claque. Bien sonore.

Sylvain TESSON touche à l’essentiel comme au plus léger: du beau même si parfois absurde défi que représente la montagne en passant par la façon dont les nouvelles technologies nous éloignent de l’essentiel de nos vies humaines sans oublier le thème chéri de l’ennui.

Un petit livre sur rien où vous trouverez pourtant presque tout, avec en prime le goût des voyages (en tout genre) qui irrigue chaque page – à peine étonnant venant de la part d’un homme qui a juste fait le tour du monde à bicyclette !

Bref, des nouvelles rédigées par un aventurier amoureux des mots, c’est exactement ce qu’il faut à la petite brunette citadine de mon espèce, bien trop peureuse et hypocondriaque pour aller parcourir le monde mais contente quand on lui permet de se l’imaginer.

Mention spéciale pour la nouvelle « Les amants », qui m’a fait l’effet d’une bouffée d’émotion à toute allure, comme faire l’entière et absolue connaissance de son voisin le temps d’un tour de grand huit, comme les souvenirs qui défilent trop vite avant la fin, comme une seule et unique grande phrase dont la virtuosité des mots ne devrait pas vous laisser indifférent :

Pour ceux qui souhaitent goûter un peu au phrasé tessonien, voici un petit extrait:

« Il théorisait sur tout, elle observait. Quand il se passait quelque chose, il cherchait à se souvenir ce que cela lui rappelait. Elle ne tentait que de trouver des façons inédites de nommer les hasards de la vie.
(…) Il retenait tout, elle s’efforçait d’oublier. Il savait relier, elle savait regarder. Il cherchait des références, elle ne croyait qu’à l’inédit. Il était myope. Elle haïssait les taupes, vivait dans la lumière et pouvait subitement s’arrêter dans la rue pour tourner son visage vers le soleil, accueillant, les yeux fermés, l’offrande de la lumière sur l’autel de sa peau.
(…) Rêves, souvenirs, citations : il archivait tout dans des petits calepins noirs. Elle répudiant à cette greffe de l’existence. « On met sa vie dans un herbier pour qu’elle sèche », disait-elle quand elle le surprenait, penché sur ses cahiers.
Il notait tout, elle ne gardait rien. Il vivait dans le mâchement, elle glissait. Il était fait pour labourer, elle pour le patin à glace sur des plaines de mercure.
(…) Elle avait le regard cubique. Elle avait l’œil des mouches, lui, un front de cyclope. Elle vivait en mosaïque quand lui s’écartelait sur le plan euclidien.
Ils s’aimaient, éberlués par ce qui les séparait. Leur amour procédait de la fascination des gouffres. Ils s’aimaient à travers une plaine ou, plutôt, d’une rive à l’autre. Au milieu voulait leur vie.
»

Les contraires s’attirent, c’est désormais une certitude et non plus un simple proverbe, grâce à Sylvain TESSON.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. emelinedetre dit :

    J’ai adoré son livre où il raconte les mois qu’il a passés dans un cabine au bord du lac baikal en sibérie (ça s’appelle « Dans les forêts de Sibérie »). A lire absolument!!

    J'aime

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