Mais qu’est ce que c’est, pour toi, la littérature ?

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Au salon du livre la semaine dernière avec ma copine Adeline (qui est même une amie à vrai dire, mais ça rimait plus après, et moi pour les besoins de la rime si vous saviez à quoi j’suis prête… Bref), alors que nous déambulions ensemble dans les allées toutes plus chargées les unes que les autres de livres, d’auteurs, de lecteurs, de bloggeurs et j’en passe, voilà celle-ci qui m’interpelle en me disant : « mais c’est quoi au juste ce que tu appelles « littérature » ?

Ah ça : c’est qu’elle me prenait de cours ! Comment expliquer rapidement, entre deux stands et tout en étant bousculée dès qu’on s’arrête un peu, ce qu’était à mon sens la littérature ? Ce qu’était un Livre avec un grand « L », un vrai, un bon ?

J’ai bien du baragouiner une réponse en creux : «  Bah, heu… tu vois, c’est tout le contraire de ses livres à lui là bas occupé à signer ses dédicaces, la littérature c’est un livre qui dégouline pas dans tous les sens quoi ».

Mais en vérité je ne me souviens plus bien ce que j’ai répondu, ce qui signifie bien que ma réponse était trop brève et nécessairement incomplète.

Ça mérite bien un billet me suis-je dit alors que j’avais une demi heure d’avance à l’audience de ce jour… mon sang ne fit qu’un tour, le temps de sortir mon ordinateur et de me mettre à vous écrire dans le hall d’entrée de la Maison du Harley ! (oui, pour les initiés : c’était bien une audience de taxation, nos préférées…).

Alors ça fait longtemps hein que je me demande : mais qu’est ce qui fait un bon livre ? Je m’étais déjà bien posée cette question réitérée par ma copine Adeline (oui, j’aime décidément bien cette rime), sans jamais toutefois prendre le temps de formuler ma pensée et d’être claire sur la réponse à moi-même : du moment que ça me plaît, que le livre me fait de l’effet, pourquoi vouloir l’expliquer ?! En résumé : « on s’en fout » !

Sauf que ne pas tenter de le dire, de l’expliquer, pourrait bien s’apparenter à une sorte de caution à l’oubli : et l’oubli c’est la mort, et la mort pour les hypocondriaques, vous savez… c’est pas tolérable.

Alors même si tenter de le dire avec des mots risquerait de faire disparaître instantanément la vérité qu’on discernait mais qui devient impalpable quand on essaye enfin de la toucher, (un peu comme ce rêve à la noix, vous savez, que tout le monde a déjà fait au moins une fois dans sa vie qui consiste à se réveiller juste au moment où on allait enfin croquer ce morceau de sucre/ bout de gâteau/ bon gros steak saignant/ patate alléchante… y’en a pour tous les goûts ici qu’est ce que vous croyez !) : il faut bien essayer.

Alors allons-y, tentons un début d’explication, sans prétention d’exhaustivité, juste un faisceau d’indices :

La littérature est avant tout pour moi une idée. Idée selon laquelle le monde ne suffit pas et qu’une expression supplémentaire en est vitale. Un bon livre serait ainsi ce supplément d’âme rendant, au choix (cumulatif ou alterné), les choses concevables, possibles, imaginables, réalisables, supportables. Un bon livre rendrait à la vie ce que celle-ci peut nous prendre : œil pour œil ou loi du Talion… un bon livre rendrait également à la vie la pareil pour les vrais cadeaux dont elle sait également être généreuse: une sorte d’exponentielle gratitude. Vous voyez ?

Mais la littérature n’est pas que ça. C’est aussi et avant tout l’écriture : en tant que vecteur de l’Idée dont il vient d’être fait état. Et le vecteur, c’est à dire le chemin, est toujours plus important que le résultat, c’est bien connu. C’est d’ailleurs pour ça que l’histoire n’est toujours que secondaire. Peu importe ce qui est dit, c’est la façon dont c’est dit qui compte.

Ainsi, Racine n’écrit pas : « Tu ferais mieux de flipper car les Furies vont pas kiffer »

Mais il écrit : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes », offrant à la littérature française l’une de ses plus célèbre allitération en « s ».

Philippe Djian n’écrit pas : « On écoutait tranquillement le silence » mais « Le silence ressemblait à une pluie de paillettes tombant sur une tartine de colle », offrant non seulement au lecteur le son du silence mais lui donnant également corps… Imaginez un peu! s’il était possible de toucher le silence… Grâce à Djian, il devient palpable.

Knut Hamsun n’écrit pas quelques lignes sur l’histoire d’un gars qui a faim. Non, il écrit carrément un roman phénoménal sur cet affamé qui ne vous laisse aucun répit et qui finit même par nous abandonner à sa propre faim…

Enfin, Romain Gary n’écrit pas :

« Ma maman m’aimait. J’aimais ma maman. Du coup, c’était un peu la galère t’as vu, parce qu’aucune autre femme n’a jamais su m’aimer de façon aussi inconditionnelle ».

(Ce serait une histoire bien banale que d’aucun oserait même taxer de niaiserie) Non ! Romain Gary écrit juste ceci :

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais. Chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus.

Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages.

Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube une étude très serrée sur l’amour et vous avez de la documentation. Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine ».

Et je ne sais pas vous, mais le lecteur est obligé de mourir de vie universelle après avoir lu un truc pareil ! Non ? Moi en tous cas, ça m’avait bien tuée je m’en souviens encore.

L’écriture est essentielle, faite de sons et de sens qui se répondent, une forme contraignante qui fait jaillir l’idée, plus intense que jamais. Des sonorités qui résonnent, qui claquent, qui coulent, qui sifflent etc.

Car la littérature, enfin, c’est le retentissement. Ça fait écho, longtemps. La vraie littérature, c’est quelque chose qui vous marque et que vous n’oublierez jamais. C’est quelque chose qui, sans aucune explication (et c’est peut être là le plus grand secret de ce qui fait la littérature), vous enfonce un clou qui vous ancre, très heureusement, au centre de la vie. Au centre de l’humanité. Au centre de l’universel.

Je vous vois bien venir qui pensez immédiatement aux lectures clou : et vous avez raison! C’est bien, je vois que vous suivez !

Donc Adeline, tu vois, c’est tout ça que je voulais te dire samedi dernier, mais que j’ai pas réussi à synthétiser entre nos tergiversations pour se prendre ou non une crêpe au Nutella ou des bonbons ou acheter le dernier édité de chez Actes Sud. C’est tout ça qui s’est emmêlé dans ma bouche et qui est sorti juste à moitié et en vrac qui plus est, sans que je puisse en gérer l’ordre.

Parce que la littérature, voyez-vous, c’est ce truc qui vous déborde. Littéralement. Et qui vous prend là, juste au centre, pour ne plus vous lâcher et vous faire prendre, de gré ou de force, un bain de Vie.

La littérature c’est la richesse que vous aurez, même quand vous n’aurez plus un rond. La littérature, ça vous appartient. La littérature, c’est la vie. Tout le reste n’est « presque » rien.


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